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D’un bout à l’autre
du fleuve,
dans la profondeur
des terres aussi,
nous avons parlé,
foule analphabète,
davantage encore
qu’au temps de Miron,
nous avons mis à mort
les bouleaux, les épinettes, les enfants,
dans la fièvre
des faux prophètes,
luxe, calme et volupté,
endormis, suicidés,
par les musiques confortables.
Prenons le thé, chers amis,
pendant qu’éclate la comète.
Se rendent-ils tous au jardin abreuvés de beauté et de crainte, verts encore de n’avoir pas assez vécu, pas assez dormi au soleil, réveillés par l’odeur de l’orage ou celle des sexes épuisés?
Je voudrais que leurs absences, que les trous noirs à nos yeux, soient des pivoines et des pavots très rouges, très roses, très bleus, de l’herbe fraîche et de longs arbres ombrageux, que leur lente vieillesse soit un rêve, un instant de paradis perdu avant la trêve.
Sur ton front
chaque soir
tu reçois le baiser
de déesses imaginaires
la crainte lente
des nuits
s’assouplit
dans les draps
et le ciel,
en vapeur encore,
déploie ses oiseaux.
Un caillou
sur un lac,
très tôt le matin,
avant le réveil du vent
Le journal
dans la neige fraîche
du balcon
Soudain la transparence
frémissent les chairs
mince couche de glace
Nous élevons
un second ciel
sur l’horizon.
