À l’autre
il faut demander
la dureté du métal,
la fleur des champs,
les conflits planétaires,
la tendresse de la chair,
avant toute chose,
avant le frémissement, l’oubli, la fougue,
avant l’amour
qu’on hésite à faire naître
lorsqu’au coeur de l’hiver
le monde montre sa faim.

Née de l’eau des glaciers,
solitaire survivante
sur la rocailleuse Côte-Nord,
je te cherche en tout.

Paroles, gestes, mots, regards
à retenir
portent ta couleur.

L’intime
doux précipice dans la ville,
enchantement du calcaire

À l’aube
il faudra
ouvrir les rideaux,
soigner les frémissements.

Les cloches sonnent
sans raison
ce dimanche

Le bronze fond
dans ma bouche
comme une alarme
imaginaire.

Chaque matin
on la voudrait plus forte
plus frêle dans nos bras
précise comme l’éclair
enveloppante comme le feu
les jours aussi ronds
que l’orange
inépuisables
la vie courbe à croquer
sans l’évidence de la mort
et des déserts.

La différence entre l’homme et l’enfant? L’un d’entre eux, je le crains, souffre d’un engourdissement chronique des sens menant à la coupe sauvage des pissenlits, puis à l’appréciation décadente de l’odeur des cadavres.

Au temps des muguets, nous ne nous imaginons déjà plus le froid, l’embarras des bottes et des bas. Nous imaginons moins, en fait, au cours de ces semaines de naissances, renaissances et amours. Printemps, disons-nous, te voilà enfin chargé de fleurs et d’espérance! Le sol reverdi, le bas du ciel garni de feuillages, l’air empli de parfums et de sifflements, nous cherchons en vain, comblés, l’espace blanc des rêves.

Au temps des fruits rouges,
quand la lumière basse
fait des arbres
des traits sombres
sur le ciel,
quand doucement bascule
la certitude des couleurs
et de toutes choses,
ton visage, l’autre, la nuit,
le cri des jaseurs dans les cèdres:
l’innocence nécessaire.

Chaque matin
ton visage
porte
les restes de nuit,
la voilure des rêves à raconter
et l’éblouissement du soleil.

La page blanche
et l’obscurité
se recomposent
chaque jour
ici:
des couchers de soleil
à minuit,
l’aube à midi,
l’amour, la haine,
indifférents,
et l’inquiétude,
une fine poussière
sur les meubles.

Le poète,
quittant son atelier,
trouve
l’humanité
à genoux.